L’IA n’est pas là pour pallier une mauvaise interface

Product Designer B2B, je constate aujourd’hui que l’intelligence artificielle devient la bouée de sauvetage de services trop rapidement conçus. Obliger un utilisateur à solliciter une IA pour comprendre une offre ou une fonctionnalité ressemble à un échec de conception.

Lancés dans des cycles de production de plus en plus tendus, les concepteurs peuvent oublier d’expliciter des concepts métiers complexes. Ils présument à tort qu’ils sont acquis par tous. Jusqu’à présent, les outils fermés échappaient à l’ajout d’agents conversationnels. Ce temps est révolu.

La généralisation des architectures headless pour les CRM et les applications métiers va bientôt rendre toutes les données exploitables par l’IA. Il pourrait être très tentant de générer une interface non aboutie et de s’appuyer sur un assistant pour masquer les incohérences ergonomiques.

S’évertuer à tout expliquer via des agents ferait finalement perdre beaucoup de temps à tout le monde. En délaissant la correction des parcours, les Product Managers pourraient avoir envie de se concentrer exclusivement sur le marketing de leur solution.

Pourtant, aucune machine ne remplace l’observation humaine. Mener des sessions régulières d’Interview, d’enquête contextuelle, d’observation reste indispensable pour identifier les angles morts et corriger l’interface à la source.

[ FOCUS : L’EXEMPLE GRAND PUBLIC ]

Ce problème de conception dépasse largement l’univers professionnel. De nombreux sites grand public délaissent l’UX au profit de contenus purement promotionnels. Prenez l’exemple de la marque POC, fabricant de casques de vélo ultra-performants.

Imaginez arriver sur leur site et devoir choisir sans préambule entre les gammes : Amidal, Cytal, Omne, Ventral, Procen ou Tempor. En sélectionnant un modèle, l’interface vous assomme avec ces termes : doublure en EPS à double densité, aile intégrée, Mips Air Node, Virginia Tech rating, unibody shell ou test CFD.

C’est le triomphe du jargon sur l’architecture de l’information. Vous cherchez pourtant simplement à comparer le poids, la taille et le maintien. J’ai donc dû utiliser Gemini pour générer un tableau comparatif factuel.

En déléguant cette étape à l’assistant, la marque perd totalement le contrôle de son discours. Son vernis marketing se dissout instantanément dans la fenêtre de texte brut de l’IA. Face à une interface aussi bavarde et peu claire, le risque est immédiat. Le client va se rabattre sur un concurrent plus lisible. Ou finir par acheter à l’aveugle le casque vu sur la tête de son coureur fétiche, Ben Healy en l’occurrence, et son modèle Cytal EF Pro Ed. Cycling à 340 €. Le look n’a pas de prix !

Note d’intention : les visuels qui accompagnent tous mes articles sont des transpositions modernes de l’univers de Charlotte Perriand et du Corbusier, projetées de leur XXe siècle vers notre époque.

Retour en haut